dimanche 30 novembre 2008

Nous avons tous des souvenirs amoureux à céder

D'abord fredonner une vieille chanson de Jonasz pour se mettre en situation :
"Je mettrai mon coeur dans du papier d'argent,

Mon numéro d'appel aux abonnés absents.

Mes chansons d'amour resteront là dans mon piano.

J'aurai jeté la clé du piano dans l'eau.

J'irai voir les rois de la brocante.

"Vendez mon coeur trois francs cinquante."

Tout cela pour se dire, après une conversation avec une amie tout à fait tanagresque qu'il est urgent d'organiser des vide-greniers amoureux. Pour nous débarrasser comme peaux d'oignons de nos amours défuntes ou du moins perdues de vue, de nos liaisons tenaces, de ces fantômes sentimentaux qui nous encombrent comme des Arthur, même si -il faut bien en convenir- nous les nourrissons comme des petits animaux de compagnie.

Alors, véritablement, il faudrait une vraie foire aux souvenirs tendres, un marché bordélique comme celui de Forcalquier, Carpentras ou Gardanne où nous aurions chacun un stand avec nos objets, nos photos, nos lettres -dont nous aurions pudiquement et utilement barrés les noms- les CD qui ont bercé nos premières rencontres, les clichés de paysages traversés en France et partout dans le monde. Il faudrait trouver une solution pour l'immatériel, pour les pensées, les textos, les mails, les rêves qui reviennent nous visiter. Peut-être des conteurs, des comédiens qui viendraient mettre tout cela en scène, exorciser ou dynamiter notre deuil amoureux en le rendant public.

Sans doute verrions-nous alors que parfois, la nostalgie est ridicule.

Mais pas toujours, entends-je dans le choeur des milliards de lecteurs.

Alors, voilà, pour vous aider, ce que j'aurais à vendre sur mon stand :

-Une malle blanche remplie de photos défuntes

-Plusieurs lettres d'anniversaire ainsi composées : "37 raisons d'aimer Philippe, 44 raisons d'aimer..."

-Une robe "Cop's Copine" qui tourne avec des images de ville dessus, à jamais disparue

-Un collier en argent

-Un pas vif vers une rue tout près d'une gare

-Des grandes chaussures qui avaient faire sourire une fille lors d'une inauguration et qui ont changé ma vie pendant trois ans

-Un rêve dans lequel Véronique portait une étagère

-Une culotte sympathique oubliée chez moi

-Un livre indien

-des pâtes aux sardines

-Une sensation lisse

-Quelques pas de danses sur les bords de la Marne

-le film "9 songs"

-Des notes d'hôtel

-Un rayon qui s'inflitre entre des volets clos

-Un chien éminemment sympathique

-Une borie dans la montagne témoin de mes premiers émois

-La belle allure d'une femme qui s'en va.

Clap de fin.

En B.O. pour terminer :

"Que reste-t-il de nos amours

Que reste-t-il de ces beaux jours

Une photo, vieille photo

De ma jeunesse

Que reste-t-il des billets doux

Des mois d' avril, des rendez-vous

Un souvenir qui me poursuit

Sans cesse

Bonheur fané, cheveux au vent

Baisers volés, rêves mouvants

Que reste-t-il de tout cela

Dites-le-moi

Un petit village, un vieux clocher

Un paysage si bien caché

Et dans un nuage le cher visage

De mon passé

Les mots les mots tendres qu'on murmure

Les caresses les plus pures

Les serments au fond des bois

Les fleurs qu'on retrouve dans un livre

Dont le parfum vous enivre

Se sont envolés pourquoi?"


Attention, pas de larmes, pas de drames, c'est juste un jeu né d'une conversation téléphonique. Et en l'écrivant, je me dis que cela pourrait être une véritable manifestation avec un lieu symbolique : un village nommé Saint-Amour-Fâné, Rupture-sur-Gardon...


Allons-y pour les premières contributions.



Cédric.
Un front qui s'appuie

A moi dans la nuit

Deux grands yeux ouverts

Et tout m'a semblé

Comme un champ de blé

Dans cet univers


Philippe Lazare Dit Larue
Une lettre de désir envoyé par une fille qui avait dansé avec moi.


Samantha
Un petit mot griffonné par l'être désiré et délicatement glissé dans la poche de ma veste.

Alexandra
Sa main dans mes cheveux et quelques mots dans mon oreilles "Es-tu sûre de ne plus vouloir d'enfants?"


Florence
Quelques pas de tangos avec un violoniste dépressif sur le parquet de mon salon

Philippe Lazare Dit Larue
La plus tendre et sexy des nuits sur les hauteurs de Toulon.


Alexandra
une conversation de 45 minutes au téléphone, qui rejoint un peu ton nouveau groupe : "Tu es exceptionnelle mais...


Philippe Lazare dit Larue
Un short tendrement lâche que portait Elisabeth

Philippe Lazare Dit Larue
Un message écouté sur la plage de Nice, en contrebas du Château, pendant que mon amie d'alors était affairée dans les vieilles rues.


Philippe Lazare Dit Larue
Un jour, une fille prénommé Stella qui, après m'avoir contredit vivement sur un point sur lequel j'avais raison, s'est frotté à mon épaule en ronronnant pour se faire pardonner.


Nadine
Une nuit passée avec un quasi inconnu, juste enlacée par ses bras vigoureux mais tellement doux et tendres, un baiser déposé de-ci de-là sur mon dos. Sentir son souffle chaud dans ma nuque. Et pas d'apréhension sur ce qui pourrait être tenté.


Philippe Lazare Dit Larue
Un week-end avec Christine sur l'île de Jersey, comme une parenthèse, où je lui avais mis des chaussettes pour qu'elle n'est pas froid aux pied en mobylette et où le responsable d'une chambre d'hôte nous avait raconté l'histoire de la "Bête".


Philippe Lazare Dit Larue
Une virée mi-boulot, mi-début d'histoire à Saint-Tropez à l'occasion d'un reportage sur le meurtre de Yann Piat et une nuit passée côte à côte dans deux lits jumeaux, avec une fille tout à fait estivale.

Philippe Lazare Dit Larue
Bravo Nadine. Alors, en cadeau, un après-midi de 15 août rue Condorect, sur le lit à se dire, comme Depardieu dans "Les Valseuses" : "On est pas bien là, décontractés du gland et on bandera quand on en aura envie..."


Nadine
Des dimanches après midi d'hiver, lovés l'un contre l'autre, sous des tonnes de couvertures, à regarder sans regarder vraiment, des films en tout genre,et m'entendre dire: "cette plénitude je veux la garder toute la vie".


Jérôme
cède un lot de récipients avec leur bouchon vissé à moitié


Philippe Lazare Dit Larue
Et même une lettre déposée rue Dieudé à Marseille avec une simple question : "Est que tu veux m'épouser?" et deux cases pour la réponse : "oui" et "non".


Laura
ma petite pierre à l'édifice : je vends pour un sourire symbolique des projets... Ceux de vacances en Aveyron, des canaux italiens près de Venise, du camping sauvage en Camargue, de la redécouverte de l'Alsace... les souvenirs suivront bientôt...


Bénédicte
Du thé Lapsang Souchong (mon préféré) de chez Fauchon, un CD de Riccardo del Fra, des courses chez Ikea, "Les Mémoires de Casanova", dans la collection Bouquins..

Severine

"Moi je laisse un vieux CD d'Aznavour, avec "Toi et moi" en ouverture...Un truc que je ne me résigne pas à jeter. Alors si je pouvais en faire profiter quelqu'un....

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